Man writing with a pencil on a pad of paper, with computer on a desk behind him.

Vérification des faits 101 par Conan Tobias

Par Conan Tobias, rédacteur en chef, Taddle Creek

Introduction : L’état des lieux en matière de vérification des faits

Il existe deux types de vérification des faits : celle qui fait partie du processus rédactionnel avant la publication de l’article, et celle qui survient après la publication, lorsque les articles ou vidéos, les publications dans les médias sociaux ou les commentaires d’une personnalité publique sont remis en question. Cette fiche Hotsheet porte sur la vérification des faits avant la publication des articles, mais compte tenu de la place importante que les « fausses nouvelles » ont prise au cours des dernières années, il est important que tout journaliste soit sensibilisé à la question de la fausse information et participe à la lutte contre ce fléau. À titre d’exemple, le New York Times, Mother Jones, et BuzzFeed sont quelques exemples des publications qui ont récemment mis sur pied des « projets sur l’information erronée » afin d’identifier le contenu erroné présenté en ligne, en faisant appel, dans certains cas, à l’aide des lecteurs. L’article du spécialiste de la vérification des faits Brooke Borel, dans l’article « Fact-Checking Won’t Save Us From Fake News » paru dans FiveThirtyEight est un excellent point de départ et présente une opinion éclairante sur le sujet.

Jusqu’au début du siècle actuel, plusieurs jeunes journalistes ont fait leurs débuts dans des magazines canadiens comme vérificateurs des faits. Ces postes n’existent pratiquement plus aujourd’hui, à cause des ressources financières de plus en plus réduites de l’industrie au cours des dernières années. Pour cette raison, il est plus important que jamais que tous les intervenants qui participent au processus rédactionnel comprennent la démarche de vérification des faits. Traditionnellement, il était mal vu d’effectuer soi-même la vérification des faits de ses propres articles. Mais il vaut mieux vérifier vous-même les faits que de ne pas les vérifier du tout. Si vous êtes réviseur, vous ne voudrez probablement pas, faute de temps, faire une vérification rigoureuse des faits de chaque article qui vous est confié, mais en sachant ce qui doit être surveillé et quelles sont les erreurs les plus fréquentes, vous pourrez intercepter des erreurs de fait importantes qui auraient pu être embarrassantes – ou même se traduire par des poursuites judiciaires.

Qu’est-ce que la vérification des faits?

Un fait est tout élément d’information reconnu comme vrai : la couleur d’une maison, le solde d’un compte bancaire, une date historique, par exemple. Pour cette raison, la vérification des faits est l’acte de confirmer l’exactitude d’un fait qui est présenté. La pratique de la vérification des faits dans les médias imprimés est généralement associée aux magazines grand public nord-américains, et aurait commencé au magazine Time, dans les années 1920, sous Henry Luce et Briton Hadden. (Le magazine The New Yorker, sous la direction de son fondateur Harold Ross, est également et souvent reconnu avoir popularisé la vérification des faits.)

Pourquoi exerçons-nous la vérification des faits?

La vérification des faits est à la fois une question de fierté et une façon d’éviter les poursuites. Si vous faites état d’événements réels, vous avez le devoir de veiller à ce que l’information que vous présentez à vos lecteurs soit exacte. La présentation d’informations fausses constitue un mauvais service à l’égard du lecteur qui a payé pour lire votre article, et un tort pour les sources qui vous ont investi de leur confiance pour présenter les faits avec exactitude. De plus, les erreurs ternissent à la fois la réputation du rédacteur, et celle de la publication. Par ailleurs, si une erreur d’un pouce ou deux dans la description de la taille de quelqu’un passe le plus souvent inaperçue, il n’en est pas de même d’erreurs graves de faits – faits qui pourraient entraîner un cas de diffamation pour la source – susceptibles de se traduire par la comparution de la publication en cour, voire par la fin de ses activités.

Qui effectue la vérification des faits?

Idéalement, la vérification des faits devrait être menée par un professionnel dûment formé : une personne qui détient un diplôme universitaire ou plus, qui maîtrise quelques langues, et qui a une excellente culture générale. Cet idéal, malheureusement, n’est pas souvent réalisable à cause du budget dont dispose la majorité des magazines au 21e siècle. Aujourd’hui, la vérification est souvent entreprise (si elle l’est) par des membres inexpérimentés de l’équipe, des stagiaires ou des pigistes, mais le principe demeure : en théorie, un vérificateur des faits devrait faire table rase de ses connaissances (les vérificateurs ne tiennent jamais pour acquis qu’ils connaissent les faits; ils les vérifient). Mais en réalité, un vérificateur doit avoir de bonnes connaissances, être au fait de l’actualité mondiale, être curieux, précis et attentif, et faire preuve de méticulosité. Plus riches seront les connaissances d’un vérificateur, meilleur sera son travail.

Comment faire la vérification des faits

La vérification est habituellement menée une fois que le contenu a été révisé, mais avant le début du processus de révision des textes. Avant d’entreprendre le processus de vérification, le vérificateur devrait discuter de son approche avec le réviseur, au cas où il pourrait y avoir des sources délicates ou d’autres pièges potentiels dont il faudra tenir compte. Le vérificateur devrait commencer par lire l’article à vérifier deux ou trois fois, en marquant chacun des faits. Les auteurs devraient fournir aux vérificateurs toute la documentation où ils ont puisé l’information : notes, documents, enregistrements d’entrevues, photos et coordonnées des contacts, bien que le vérificateur devra probablement fouiller lui-même l’information.

Chaque fait devrait être vérifié auprès d’une source principale. Par source principale, on entend la source la plus compétente pour un sujet donné : le fait de demander à une source son âge, c’est consulter une source principale; la vérification de cette information auprès d’un ami de la source, c’est consulter une source secondaire. Le fait de vérifier les données financières d’une entreprise en consultant son rapport annuel, c’est consulter une source principale; la vérification des ces données par l’intermédiaire d’un article de journal, c’est (tout au mieux) consulter une source secondaire.

Une fois la vérification terminée, tout changement potentiel devrait être discuté avec le rédacteur et le réviseur. (Au besoin, une équipe juridique peut être invitée à vérifier la pièce afin de déterminer si elle peut être jugée diffamatoire ou susciter d’autres problèmes.) Chaque article étant différent, il en va de même du processus de vérification. Il n’y a pas de norme absolue.

Ce qu’il faut vérifier

Idéalement, tout doit être vérifié. Mais si vous manquez de temps et de ressources, veillez particulièrement à vérifier l’exactitude des noms, des chiffres, et la cohérence de l’article. Les faits évoqués dans les citations d’une source devraient être vérifiés, mais ne relisez jamais les citations à une source – elle pourrait regretter certains propos et vouloir les retirer. N’oubliez pas les lettres à l’éditeur, les textes d’opinion, les analyses et la fiction contiennent également des faits à vérifier.

Enfin, ne vous en tenez pas au corps de l’article : vérifiez les titres, les textes, les signatures des articles, les biographies d’auteurs et les légendes. Les photos et illustrations doivent également être vérifiées afin de garantir qu’elles illustrent adéquatement le contenu de l’article.

Ressources

Cette fiche Hotsheet n’explore qu’en surface l’art de la vérification des faits. Pour avoir une meilleure vue d’ensemble de la question, consultez les sources suivantes :
The Fact Checker’s Bible, par Sarah Harrison Smith (Anchor)
The Chicago Guide to Fact Checking, par Brooke Borel (University of Chicago Press)

Ressources pour vérifier d’autres médias
« Cutting Through the Noise: Digital Accuracy » par Craig Silverman (fiche Hotsheet de Magazines Canada)
The Poynter Institute’s International Fact-Checking Network.


Les fiches Hotsheets : Lectures utiles pour les magazines culturels et indépendants. Chaque « hotsheet » diffuse de l’information actuelle sur un sujet donné et est rédigé par un expert du domaine. Les fiches Hotsheets ont été préparés par Magazines Canada.

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