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Écrire à propos des peuples et communautés autochtones : trois conseils pour bien faire les choses par Angela Sterritt

Angela Sterritt
Angela Sterritt

Par Angela Sterritt, journaliste et rédactrice, CBC

On me demande souvent en quoi la rédaction d’un article sur les autochtones se distingue des articles portant sur d’autres sujets. Et ma réponse est toujours la même. En rien.

Cela peut paraître contre-intuitif, car on nous rappelle souvent le caractère sensible, la mise en contexte nécessaire et les lacunes passées des articles sur les peuples et communautés autochtones. Mais il est de mise de faire preuve de rigueur, c’est-à-dire de tout mettre en œuvre pour traiter les articles sur les autochtones en se fondant sur les mêmes démarches d’investigation, rigoureuses, la même rigueur, sensibilité, profondeur et exactitude que l’on investit dans la préparation d’autres articles.

Il faut reconnaître que comme institution, les médias n’ont pas brillé par le caractère exemplaire de leur travail de couverture des sujets liés aux autochtones dans le passé. Nous avons omis des détails, tels que l’importance de l’attachement d’un membre d’une famille à un proche disparu ou assassiné, ou encore, nous avons adopté la voie facile en consacrant la plus grande partie du temps à traiter de la personne qui lui a enlevé la vie ou de la façon dont la victime est morte. Dans de nombreux cas, nous avons également erré dans la présentation des faits, consulté trop peu de sources ou pire encore, simplement omis de traiter d’un sujet.

La confiance à l’égard des médias a été rompue et, actuellement, certains s’attachent à essayer de la rétablir.

J’ai couvert des sujets portant sur les autochtones, non exclusivement toutefois, mais souvent au cours des dernières années, et je vous présente ici certains conseils glanés dans mon parcours – souvent inspirés de mes propres erreurs.

1. N’escamotez pas un sujet délicat

Pour certaines personnes autochtones, plus particulièrement les survivants des pensionnats, les victimes de la râfle des années soixante ou les proches de personnes disparues ou assassinées, cela pourrait être la première fois qu’elles partagent leur histoire, à cause de leur manque de confiance à l’égard des médias.

Certaines peuvent avoir été témoins ou avoir fait l’objet d’une entrevue négative, ou encore avoir vu un article publié à leur sujet ou à propos de leur communauté et où les faits présentés étaient inexacts ou constituaient de fausses présentations.

Informez les personnes que vous rencontrez en entrevue de l’échéance que vous devez respecter, du traitement qui sera fait du sujet et de votre but, mais faites preuve d’ouverture d’esprit à propos du temps qui pourrait être nécessaire pour recueillir l’information, particulièrement si le sujet est délicat.

J’ai un jour exprimé mon impatience à propos du temps qu’il a fallu pour préparer une entrevue avec un survivant; non seulement ai-je perdu l’occasion d’entrevue, mais aussi mon contact. Cela m’aura durement fait prendre conscience qu’on ne peut brusquer le traitement de certains sujets. Je veille maintenant à faire preuve de délicatesse à l’égard du temps requis.

Cela dit, vous devrez peut-être informer votre rédacteur en chef ou producteur que vous aurez peut-être besoin de plus de temps pour recueillir l’information.

Gardez également à l’esprit que cela peut ne pas valoir pour tous. J’ai également eu plusieurs survivants qui étaient heureux de partager leur information et souhaitaient qu’elle soit publiée le plus rapidement possible. D’autres ont déjà collaboré avec les médias et peuvent vous permettre de préparer un article en quelques heures. Retenez que, comme nous tous, les autochtones n’ont pas tous vécu la même expérience.

2. Soyez objectif et attentif aux stéréotypes

Une des principales lacunes en matière de rédaction sur les communautés autochtones dans le passé a été de pécher par simplification excessive des faits. On a par exemple utilisé des tropes laissant entendre que les autochtones appartenaient au passé, ou encore ne les présentaient qu’à travail une lentille culturelle, ou sombre.

Nous avons omis un contexte important qui aurait pu faciliter la compréhension d’une communauté ou d’une personne, ou encore ajouté un contexte qui n’était pas nécessaire.

À titre d’exemple, dans un excellent article d’actualité à propos du vote dans une communauté autochtone, on a présenté deux jeunes autochtones. Le propos était révélateur et convaincant. Mais, malhabilement, le reporter a interrogé les jeunes à propos du type de drogue qu’il avait utilisé dans le passé – « oxytocine ou meth »? Cela donnait peut-être du poids et un élément contextuel qui faisait ressortir les difficultés que cette communauté avait surmontées, mais nous arriverait-il de poser à une personne non autochtone la même question dans le cadre d’un article qui n’a aucun lien avec la drogue et l’alcool? Beaucoup de gens de diverses origines se sont frottés à la toxicomanie ou ont même dû lutter pour s’en défaire, mais, dans le cas des autochtones, on évoque trop souvent cet aspect.

J’ai également rencontré récemment un étudiant non autochtone enthousiaste qui me confiait avoir été avisé par un autre étudiant de ne pas demander aux autochtones de parler de leur communauté, car cela pourrait être trop traumatisant pour eux. Cette présomption est inappropriée parce que, d’une part, elle laisse entendre que tous les autochtones sont des victimes, et d’autre part, elle tient pour acquis qu’il faut éviter de traiter des histoires difficiles vécues par les communautés autochtones. Nous devons veiller à préserver un équilibre dans notre couverture des communautés autochtones, et cela signifie d’être suffisamment courageux pour couvrir les histoires difficiles, tout en reconnaissant la valeur des aspects plus positifs.

C’est une leçon qui nous apprend à éviter de nous fonder sur nos propres préjugés à propos des peuples autochtones, que ce soit intentionnellement ou par inadvertance, dans nos articles. Il s’agit ici de réfléchir aux préjugés ou tropes que vous instillez dans vos articles à cause de votre propre idée préconçue à propos des peuples autochtones.

Voici quelques pièges à éviter :

  • La victimisation : Décrire un peuple ou une personne autochtone comme s’il ou elle ployait sous le fardeau de l’histoire ou de la réalité d’aujourd’hui, ou surmontait des tragédies qui seraient sans racines dans le passé.
  • Le stéréotype de la toxicomanie ou de l’alcoolisme : Faire ressortir la toxicomanie passée ou actuelle d’une personne sans qu’elle ait de lien avec le propos de l’article.
  • Le trope du guerrier : Plutôt que présenter les préoccupations comme de légitimes inquiétudes politiques, environnementales ou socioéconomiques – décrire une personne autochtone comme un fauteur de trouble, une personne irrationnelle, voire violente.
  • L’étiquette de l’autochtone cupide/paresseux : Plutôt que de présenter un article solide sur les finances, les traités et les questions territoriales chez les communautés autochtones, faire valoir une présentation étroite, simpliste ou inexacte des enjeux, en faisant valoir que les peuples autochtones obtiennent des produits ou services gratuits (comme l’éducation ou l’essence, ce qui constitue une erreur populaire) ou des allégements fiscaux.

3. Aller visiter une communauté autochtone

Je remarque de plus en plus que nombre de reporters sont rivés à leur bureau à cause des contraintes budgétaires ou des échéanciers serrés, et c’est pourquoi je comprends que ce conseil n’est pas facile à mettre en pratique.

Mais il est difficile de bien comprendre la complexité d’une communauté sans s’y rendre, parler à ses membres et voir l’état de sa situation. À titre d’exemple, plusieurs reporters ont traité de la communauté Solo, qui se trouve près de Chilliwack, en C.-B., sans toutefois être allés sur place. La plupart des rapports se sont centrés sur un chef qui appuyait le pipeline Trans Mountain, d’un certain point de vue. Mais en me rendant sur place, j’ai pu constater que les opinions étaient partagées dans la communauté : certaines étaient clairement contre l’expansion du pipeline, alors que d’autres y étaient favorables, pour des raisons très diverses. Le fait de m’être rendue sur place m’a permis de constater à quel point la communauté était petite, combien les liens y étaient serrés et combien elle était liée aux autres communautés.

Le fait d’aller dans une communauté peut également vous permettre de constater combien elle est éloignée des grands centres, les obstacles qui y rendent difficile l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux transports.

Veillez à ne pas simplement vous présenter sur place; demandez la permission à un résident (qui ne doit pas nécessairement appartenir au conseil de bande) et essayez de faire concorder votre venue avec un événement communautaire. À l’époque où je couvrais l’actualité à propos des sables bitumineux du nord de l’Alberta, nous avons planifié ma venue autour d’une foire de l’emploi et d’une excursion de trappage.

Le conseil le plus important que je peux offrir est de commencer à vois les peuples autochtones non par comme des caricatures où tout est, de manière homogène, noir ou blanc, mais plutôt comme des peuples tridimensionnels complexes et diversifiés, aux opinions, modes de vie, expériences et valeurs diverses.


Les fiches Hotsheets : Lectures utiles pour les magazines culturels et indépendants. Chaque « hotsheet » diffuse de l’information actuelle sur un sujet donné et est rédigé par un expert du domaine. Les fiches Hotsheets ont été préparés par Magazines Canada.

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